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Assigné (ou affecté) : bagnard reconnu pour bonne conduite, que l'administration pénitentiaire "prêtait" à des entreprises ou des particuliers contre une somme quotidienne modique . La plupart devaient rentrer chaque soir au pénitencier le soir, mais certains en étaient dispensés. L'assignation était perverse: elle privait les libérés de travail et donc de moyens de subsistance et dévalorisait complètement, dans la colonie, la notion d'activité salariée. Il y avait en outre une énorme disparité entre le travail de la plupart des assignés et ceux des bagnards envoyés dans les camps. La ville de Cayenne était entretenue par une corvée de bagnards pour qui balayer les rues n'était qu'une aimable sinécure.

Aller à la route : être affecté au chantier de la route coloniale, avec la certitude d'y mourir ou d'en revenir brisé.

Ancien : bagnard installé depuis longtemps en Guyane, respecté par les autres détenus. Les forçats récemment arrivés appréciaient la compagnie des Anciens, qui s'abaissaient rarement à commettre des brimades et accordaient une protection… pas toujours désintéressée.

A.P. : Administration Pénitentiaire.

Belle (la) : évasion

Cayenne : contrairement à une idée reçue, Cayenne ne fut qu'un centre pénitentiaire mineur (deux cents condamnés au maximum). Les libérés devaient obtenir une autorisation spéciale pour y résider à Cayenne

Débrouille : toutes les "combines " que les détenus expérimentés possédaient pour améliorer l'ordinaire, obtenir une sinécure ou se procurer de l'argent qu'ils dissimulaient puisque la détention de numéraire était en principe interdite: les transportés possédaient chacun un compte individuel qui leur permettait de cantiner en fonction de leurs avoirs.

Déportés : condamnés pour motif politique ou pour haute trahison. Ils étaient en général placés sur l'île du Diable et dispensés de travail. Ils pouvaient recevoir vivres et vêtements de leur entourage (sous contrôle étroit)

Doublage : le transporté était astreint à résidence en Guyane à la fin de sa peine, pour une durée égale à celle-ci si elle était comprise entre cinq et huit ans, à perpétuité si elle atteignait ou dépassait huit ans. Cette astreinte se nommait le doublage.

Exécutions capitales : il y en eut une centaine pendant la durée du bagne. La guillotine fonctionnait en général au camp de la transportation de Saint-Laurent ou sur l'île Royale. Le bourreau était un bagnard volontaire qui disposait de privilèges, d'un logement individuel et était dispensé de travail.

Faire le stère : sur les chantiers forestiers, le stère représentait le bois qu'il fallait couper et débiter quotidiennement, "stère" qui variait de 1m3 à 1,5m3 selon sa dureté. Ce travail était facile pour des costauds, quasiment inatteignable pour d'autres qui, de ce fait, ne recevaient pas leur ration alimentaire et s'affaiblissaient… d'où l'engrenage fatal. Il y eut de nombreux cas de solidarité envers des bagnards trop faibles… solidarité pas toujours désintéressée.

Garçon de famille : bagnard affecté à une famille, le plus souvent de l'A.P. et qui servait de "bonne à tout faire". Chaque maton disposait donc d'une domesticité constante. Ces postes étaient évidemment très recherchés.

Île du Diable : lieu de détention des déportés. C'est là que Dreyfus séjourna.

Île Royale : lieu de détention de transportés particulièrement signalés, qu'on ne souhaitait pas voir s'évader.

Île saint-Joseph : centre de la réclusion*

"Inco": Bagnard considéré comme "incorrigible" et envoyé dans des camps disciplinaires terrifiants (Charvein, Godebert, etc.)

La Martinière : nom du plus célèbre des bateaux qui embarquèrent les forçats. Avant celui-ci, on connut, entre autres, "la Loire", "l'Allier"

Libéré : le "libéré" astreint au doublage* devait pointer régulièrement. Même à l'expiration éventuelle de sa résidence forcée, le retour était à sa charge. Dans la quasi impossibilité de travailler, le "libéré" qui ne recevait aucun secours était plongé dans une misère profonde. "Le vrai bagne commençait à la libération"

Maladies les plus fréquentes : le paludisme évidemment, mais également le pian-bois (leishmaniose), la lèpre, l'ankylostomiase (parasites intestinaux contractée par l'alimentation, mais également par voie transcutanée), les amibiases, les dysenteries, le choléra, la typhoïde et, au début du bagne, la fièvre jaune qui touchait l'ensemble de la colonie. Les gardiens payèrent également un lourd tribut aux maladies… conséquence de l'alcoolisme pour beaucoup.

Manille : jusque dans les années 30, la nuit, les bagnards étaient rivés chaque nuit par une cheville à une longue barre horizontale. En période de réclusion, le raffinement pouvait pousser à imposer la double manille inférieure ou supérieure. Puis pour des raisons d'hygiène, de confort accru et de moralité, les bat-flancs collectifs furent progressivement remplacés par des hamacs individuels (sauf bien entendu dans les cellules des réclusionnaires)

Maton : gardien, surveillant pénitentiaire.

Pécule : somme d'argent minime qui s'additionnait jour par jour sur le compte du transporté, qui lui était restituée à la sortie, diminuée des frais de cantinage et des remboursements d'objets détruits volontairement ou par négligence grave

Pied de biche : surnom méprisant donné aux relégués.

Plan : tube hermétique en forme de cylindre (parfois, un étui de gros cigare faisait l'affaire) que les détenus expérimentés dissimulaient dans leur intestin par voie rectale et qui contenait leur réserve d'argent, parfois une lime, pour favoriser une évasion. On tuait des détenus pour se l'approprier, et parfois l'administration pénitentiaire enfermait un suspect en cellule, isolé avec force purgatif, pour le lui confisquer.

Popote : surnom méprisant donné par les Guyanais aux bagnards et aux libérés (idem : vieux-blanc)

Réclusion cellulaire (les réclusionnaires) : peine disciplinaire extrêmement sévère qui entraînait l'enfermement, parfois des années durant, dans un cachot sombre, astreint au silence complet et avec demi-ration ou le pain sec un jour sur deux. Les longues peines de réclusion s'accomplissaient dans les cachots de l'île Saint Joseph.

Relégué : petit délinquant multirécidiviste, il était envoyé à vie en Guyane après un certain nombre de condamnations en correctionnelle, même pour des motifs dérisoires. En théorie, on était passible de la relégation dès la quatrième peine correctionnelle, mais dans la pratique cette sanction annexe était rarement prononcée avant la constatations de très nombreux délits. Le relégué avait le statut d'individuel s'il pouvait (rarement) justifier de moyens légaux d'existence. Dans le cas contraire, il était relégué collectif, affecté en général au camp de Saint-Jean du Maroni. Son statut était plus souple que celui du transporté.

Saint-Laurent du Maroni : "capitale" du bagne de Guyane.

"Tentiaire" : surnom couramment attribué à "l'administration pénitentiaire"

Transporté : condamné à une peine de travaux forcés (de cinq ans minimum, jusqu'à la perpétuité). Les travaux forcés ont été accomplis pour l'essentiel en Guyane, et pendant un certain temps en Nouvelle Calédonie.

Tribunal maritime spécial : institution judiciaire d'exception qui jugeait les crimes et délits commis par les bagnards. Ses décisions n'étaient pas susceptible d'appel ni de cassation et le droit de grâce étant délégué au gouverneur de la colonie pour limiter les délais entre la sentence et le châtiment éventuel. Les peines pouvaient être relativement modérées comme d'une extrême sévérité (la moindre voie de fait sur un personnel de l'A.P. était en général punie de mort, même si souvent la grâce intervenait. En revanche, le meurtre d'un autre détenu ne se soldait en général que par quelques mois de réclusion (sauf récidive)

Veuve (la) : guillotine.

Vieux-Blanc : surnom méprisant donné par les Guyanais aux bagnards ou aux libérés (idem : popote)